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Commentaires: 1
  • #1

    Gérard Lucas (jeudi, 17 décembre 2020 19:58)

    17 décembre 2020

    Bonjour
    Merci pour ce "Santé à voix haute" 27 dont j'apprécie toujours les informations. Mais sur l'article sur la santé et travail, je propose un regard un peu différent que le quotidien du médecin au sujet de l’ANI (Accord National Interporfessionnel) sur la santé au travail. Les partenaires sociaux ne sont pas « tombés d’accord pour la signature d’ici le 8 janvier ». Plus exactement, le partenaire social patronal a décidé de soumettre ce texte à l’approbation des autres partenaires sociaux syndicaux des salariés. Selon mes informations, la CFDT signera probablement ainsi que la CGC, peurt-être FO, la CGT laisse entendre qu’elle ne signera pas, de même que Sud, et la CFTC émet des réserves… Quelques interrogations : ce texte de 30 pages ne fait pas l’état des lieux de la santé au travail en France ; tout juste se fait-il une autosatisfaction sans argument.
    Les professionnels de santé au travail qui sont nommés dans cet ANI comme « institutionnels », en faisant allusion sans doute aux médecins et aux infirmiers du travail, sont, en premières réactions, très réservés sur la teneur de ce texte et le démantèlement de la santé au travail qu’il implique. Certes on ne peut qu’approuver le principe de prévention primaire ou de Qualité de la vie au Travail (QVT), mais à partir de ces faciles déclarations, ce projet d’accord continue à faire l’amalgame entre responsabilité des employeurs pour les conditions de travail d’une part, et connaissance, suivi et accompagnement de la santé des travailleurs d’autre part pour en justifier la gestion des services de santé au travail (SST).

    Le SNPST (Syndicat National des Professionnels de Santé au Travail y voit là un conflit d’intérêt majeur qui entrave depuis le siècle dernier la visibilité de la santé au travail et sa prise en compte dans notre pays.
    La médecine du travail a été maintenue dans la 2ème moitié du XXème siècle dans un rôle de sélection par l’aptitude qui s’est révélée être contre-productive en matière de prévention des conditions de travail. Après que des professionnels de santé au travail ont développé des préconisations d’aménagement du travail en fonction de meilleures connaissances et du travail et de ses effets sur la santé, l’objet de cette offensive patronale est d’infléchir le poids du suivi de la santé au travail sur ces préconisations, non sans les promouvoir une fois maîtrisées, en place de contraintes régaliennes. Dans le même temps il tente de déposséder le suivi médical des liens santé travail, en re-confiant des visites de santé au travail, des aptitudes et des expertises à des Médecins Praticiens Correspondants sans formation en médecine du travail et surtout sans accès à la connaissance réel du travail dans les entreprises. Et ceci en omettant l’apport de l’accompagnement par les infirmiers en santé au travail progressif depuis 10 ans. Seule différence avec le projet de la parlementaire LREM Lecoq, le patronat veut aussi garder la main sur la gestion des Services de Santé au Travail, qu’ils soient autonomes, ou interentreprises sous une forme libérale concurrentielle faussement associative, de services et de prestations pour l’entreprise ; surtout sans égalité ni équité pour les travailleurs ; sans allégeance à une quelconque mission de service publique. Doit-on rappeler encore que l’itinéraire et les conditions de travail sont le facteur le plus important de diminution de l’espérance de vie (moins 4 à 5 ans) et surtout de l’espérance de vie en bonne santé et autonomie -moins 6 à 7 ans. Cela n’est-il pas une priorité de santé publique qui mériterait un solide maillage adapté autre que les bricolages empiriques préservant les intérêts des responsables des atteintes à la santé dues au travail ? Le dispositif de santé au travail a vraiment besoin d'une réforme, mais Je reste inquiet et vigilant sur l'évolution dans ce contexte de domination de l'idéologie de l'entreprise comme un but en soi.
    Cordialement

    Gérard LUCAS
    médecin du travail senior